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mes z'ami-e-s, mes z'amours, mes z'emmerdes...





C'est pas que je l'aimais tant, le Tof, mais quelques années de ma vie quand même, de ces sombres années sans avenir et sans le sou, les bières étaient si rares. Nous mendiions les filles.

Années de nuits dans le froid de Reims, la promiscuité qu'une colocation impose.

Il avait fait la Yougo, il en parlait alors encore un peu, trauma d'un gars de vingt ans qui ne s'attendait certainement pas à ça, demi-mots et double peine.

Il avait fini par se brouiller avec à peu près tout le monde, l'alcool, la came, de sordides histoires de thunes, le diabète qui tenaille, les séjours en maisons de repos et en HP.

Il est mort petitement, comme un chien seul et galeux, sans ami, dans un appart minable de Reims où personne ne savait qu'il était revenu. Il a dû choisir de se laisser crever, ne plus prendre ses médocs, rejoindre pour de bon l'ombre qu'il était devenue. Les flics l'ont trouvé un matin d'août.

La guerre tue aussi efficacement que les balles perdues de la sniper alley. Même quinze ans après. Que ceux qui ont vu Sarajevo en Quatorze ou en Quatre-Vingt-Treize me contredisent.

Ca meurt de partout en ce moment. Des connaissances. Pas d'ami-e-s, heureusement. Même Porthos, Athos et d'Artagnan viennent d'y passer pour la cinquième fois à la fin de Bragelonne. Ce n'est pas un détail.

Je pense à mes vivants qui luttent.

Riant un peu en attendant la mort.

Acharnés.

Le Tof n'a pas passé l'arme à gauche vendredi dernier. Il était mort bien avant, lors d'un hiver bosniaque près d'un quelconque charnier.

De l'homme dont je viens de parler, il ne restait qu'un corps, la guerre ayant depuis longtemps pris son âme.

Puisse celle-ci être en paix.







Pour les vivants et les morts, Depeche Mode - Condemnation





(merci à view-askew pour la tof de la sniper alley choppée sur flickr)

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